Voyage à la voile sur Saturne

Transat, jour 13 : gros temps...

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Avec les beaux jours, la saison du carénage revient ! Saturne sera sorti de l'eau du 1er au 14 avril, et comme toujours toutes les bonnes volontés seront les bienvenues...

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1h : Progressivement le vent monte. Le bateau gîte un peu mais il semble lourd pourtant. Pas d'eau dans les fonds. Je cherche la raison, sans comprendre du tout. Peut-être avons nous accroché un sac ou un morceau de filet ? On fait le tour du bateau avec nos torches. Bingo ! Une sorte de bout énorme s'est pris dans la quille. A priori un filet immense que nous avons du heurter par le milieu. Il est si démesuré qu'il nous freine depuis des heures sans que nous nous en rendions compte. Comment faire ? Plonger en pleine mer ? Pas raisonnable. Alors on part à la pêche avec gaffe, harpon, et croc en tout genre. Une fois à porté de lame nous n'avons pas hésité ! Un peu fébrile quand même. Les pêcheurs sur zone ne doivent pas apprécier ce genre de pratique. On repart.

1h30 : Le moteur est coupé. Il faudra vérifier l'état de l'étouffoir à commande électrique à Madère. Heureusement qu'un étouffoir mécanique est à poste. Nous sommes déjà à 70 milles de Tarifa. Dans ces conditions météo changeantes, c'est amusant de voir comme cette grosse machine a besoin d'attention. Il faut la régler sans cesse. C'est le prix de sa bonne marche.

2h : Toujours à 7 nœuds de moyenne mais des vitesses instantanées très variables. Il faut régler souvent. Les conditions météo sont un peu capricieuses. Cependant la gîte est faible, la mer encore lisse et on glisse bien.

6h30 : Vent force 6 Nord-Est, vitesse: 8,5 nœuds. C'est parti cette fois. Nous sommes sur le bon cap et ça marche bien. Le logiciel de navigation nous donne à 2 jours de Funchal. Naturellement il raisonne sur des projections à partir de valeur instantanées... prudence donc.

9h : Nous devons lofer un peu pour garder une bonne stabilité de route. Le vent arrière est difficile à tenir. C'est fatiguant pour les barreurs alors si pas d'obligation, on choisi une amure, quitte à empanner régulièrement.

12h : 8,5 nœuds «en papillon». Le vent nous oblige à croiser les voiles. Avec Jacques, nous sommes rentrés dans le programme du pilote pour tenter d'optimiser son fonctionnement. Les embardées fréquentes finissent parfois par provoquer un roulis rythmique difficile à maîtriser autrement qu'en manuel : les vagues parfois font gîter le bateau sur babord puis tribord de façon assez régulière. Le bateau qui pèse tout de même 20 tonnes, fini par se mettre en mouvement de façon incontrôlable. La seule solution est de contrarier la régularité de son balancement par des coups de barres arythmiques.

14h : Toujours en papillon, nous faisons des pointes supérieures à 10nœuds, ça marche fort. C'est super et heureusement car la météo est préoccupante. Il faudrait arriver avant le 17 au soir pour passer entre les gouttes.

15h : Le vent est un peu plus faible. Nous restons au 230, pour 7,5 nœuds. C'est pas pire. Si la météo ne change pas, il va falloir aborder l'île par l'Est pour éviter le vent de face.

18h : 8 nœuds, mais une pointe à 12,2 nœuds quand même. Nous tenons des moyennes horaires de 8 nœuds sans problème. Mais la mer se creuse vite. Les déferlantes sont énormes parfois. Je commence à comprendre que nous ne sommes plus en méditerranée.

19h : Un anneau de ris a cédé. Dans le choc violent, le hale-bas c'est rompu. La grand voile c'est coincée entre les haubans, les barres de flèches et le mat . Nous avons dû affaler en urgence. vraiment épuisant. La voile plaquée contre le gréement dormant ne voulait pas tomber. Le matériel souffre déjà beaucoup. Nous ça commence.

20h : Avec Jacques nous préparons le bateau pour la nuit. Avant de réduire encore un peu nous restons là à dévisager cette mer qui se déchaine autour de nous. Une profonde sérénité est palpable. Fascination aussi. Nous sommes loin de tout et la violence des éléments est vertigineuse. Mais un souffle tenu encore plus puissant , souffle sur ce décors Dantesque. Nous partons en surf parfois pendant de longues minutes. La hauteur des déferlantes, l'alternateur de sillage qui s'affole, le bourdonnement assourdissant du vent qui hurle dans les haubans. Rien n'y peut. La plénitude est souveraine. Ne bougeons pas. Juste là... respirer, savourer, engranger. Il ne se passera rien de fâcheux ce soir. Nous le savons. Comme on sait parfois les choses sans avoir besoin de les comprendre ou les expliquer.

J'aimerais que p'tit Jojo soit là, tout près sur le pont avec nous mais il a dû s'assoupir. J'aimerais....

Bah non ! Je ne toucherai à rien. On va laisser le soleil rejoindre doucement les profondeurs de son sommeil céleste. La nuit va mettre la table. Nous allons, sans faire de bruit, savourer ce repas de roi. On reconnaît parfois, en cheminant dans l'existence, ces lieux insensés, éphémères et cosmiques.

Jacques, dans le silence de la nuit, à cette heure précise doit se dire... J'aimerais qu'mon p'tit Jojo rien qu'à moi soit là, tout près sur le pont avec nous mais il a dû s'assoupir... Du haut de ses quelques jours de mer, un marin s'incarne déjà dans son regard d'enfant émerveillé.

 


Publié à 21:41, le samedi 10 mars 2012, dans Transat, Océan Atlantique
Mots clefs : météo changeantegros tempssaturnetransatvoilevoyage


14/11/01, approche finale

Cette fois, c'est parti! Au lever du jour, nous avons déposé le tangon pour pouvoir gagner 15° au vent. Les moyennes sur 2h00 dépassaient les 8.5 noeuds sans tangon. Nous approchons les 9.6 noeuds, SATURNE est un vrai bateau de course. Les pointes frôlent les 11 noeuds et la gîte est toujours imperceptible (sommes travers). Je crois que tout le monde est pressé de toucher terre. La nuit dernière a été plus cool que d'habitude, mais les cargos étaient nombreux sur notre route, un nous a obligé à dérouter. Malheureusement, ce vent providentiel arrive un peu tard pour que nous puissions prendre le vol prévu initialement ce soir à 20h00. Les contraintes imposées par AIR CARAIBES nous obligent à attendre lundi soir pour rallier la Capitale. Hormis ce petit contretemps et un peu de casse superficielle, tout c'est déroulé comme prévu. Pour nous tous, les balises d'entrée du Chenal de Cayenne sont attendues mais signent aussi la fin de ce premier round de la transatlantique. Dans les derniers moments de cette traversée, nous remontrons surement plein de sentiments et d'images contrastées de ce qui est déjà, à l'échelle dérisoire de nos petites vies, une vrai aventure.


Position : 4°43'N 51°25'W
vitesse : 9.9 Noeuds
Reste 103 MN

Fiona et Michel
 
Presque!
Depuis ce matin ça pousse fort dans la voilure. Les moyennes dépassent les 10 noeuds. Il ne nous reste plus que 50 nautiques à parcourir. Nous avons fait le point des divers présents que nous pourrions offrir à la fille de Mister "Dan" dite "l'engrossée", à notre arrivée à Cayenne. Mais il ne nous reste plus à bord que quelques biscottes molles, restes de fromages périmés et fruits...oublions. Nous nous sommes donc remis à pêcher. "Dan" a puisé dans sa profonde culture pècheresse et nous a expliqué qu'à 10 nds, pêcher avec 15 m de filet derrière le bateau suffirait. Là, il a fâché Henry, qui finalement lui a lancer méprisant: "si tu en prends un, je veux bien me faire pendre". Pour une fois il a eu bien raison l'Henry. "Dan" n'a pas pris un poisson mais deux. Deux belles bonites. Ah...les sphincters du Seigneur.

Position : 4°54'N 51°21'W
 
Michel
 
Les gens du voyage...
On scrute l'horizon. On dépasse toute nos prétentions avec des pointes de plus de 12 noeuds en pointe et une dernière moyenne horaire de 10,8 noeuds. Dans deux heures nous devrions entrer dans le chenal de Cayenne. Silence à bord. C'est toujours difficile de finir, mais sommes profondément heureux d'être là. Heureux d'y être arrivé sans trop d'encombre et sans aide. Heureux de rejoindre modeste mais légitime un peuple voyageur. Heureux d'avoir donné raison au gosse qui rêve encore d'horizon, de sourdement, pour une fois, ne pas l'avoir trahi.
 
Michel
 

Publié à 17:34, le vendredi 14 janvier 2011, dans Transat, Océan Atlantique
Mots clefs : alizéeCayennevoyagePêchesaturnetransatvoile


13/01/11, tropical !

9h30 ce matin, branle la bas le combat! Il faut réduire la toile en catastrophe, ça monte vite, très vite! Ensuite, nous avons assisté impuissant à l'évolution d'une grosse cellule orageuse sur notre arrière.

A 10h30, BADABOUM, c'est torrentiel! Dan est resté sous la pluie pour prendre sa douche et Sylvie maintient le cap. Il nous reste 280 nautiques avant d'arriver à Cayenne. Et il semblerait que tous devrons êtres gagnés valeureusement. A l'intérieur, la chaleur est étouffante, la condensation ruisselle et le moral est bon!

Position : 5°00'N 47°28'W

Publié à 18:15, le jeudi 13 janvier 2011, dans Transat, Océan Atlantique
Mots clefs : côtes brésiliennessaturnetransatvoilevoyage


12/01/11, premiers grains

Nous passions à travers depuis quelques heures déjà, ça na pouvait pas durer plus. C'est tombé "velu"! Des trombes. Rien de grave mais vers deux heures du matin c'est le vent qui c'est mis à monter. La mer étant épouvantable la grand voile freinée a fini par se mettre  à contre. Le frein, un morceau de drisse de 16 quand même a rompu sous la charge. Nous sommes donc offert une "affalation"  (je sais pas si c'est du Tabarly) en  vent arrière, sous la pluie. Sylvie et moi, arrachés à nos couchettes, étions en culotte. Le pieds! Vraiment j'adore. Nous n'avons pas eu le courage de renvoyer de la toile. Sommes toujours sous génois seul, à 7,5 noeuds. Il nous reste encore 400 nautiques à courir (un nautique c'est 1852 m). Je pense qu'on va encore en baver un peu. Je comprends mieux aujourd'hui pourquoi dans les annonces les acheteurs potentiels de bateaux en polyester précisent bien qu'ils ne veulent pas d'un bateau ayant fait la traversée! Les violences conjuguées de la mer et du vent et les durées d'expositions aux efforts, peuvent avoir raison d'unités même bien charpentées. Suis heureux d'avoir 20 tonnes d'acier sous les pieds. Je vais tenter de renvoyer le dernier ris.

Capitaine

Position : 6°10'N 45°12'W

Publié à 16:35, le mercredi 12 janvier 2011, dans Transat, Océan Atlantique
Mots clefs : voyagevoilesaturnetransatalizéeCayenne


11/01/11

Bon les choses s'arrangent ici. La mer est moins dure. Le soleil brulant nous redonne du courage. Nico a tenté de nous aider en vidant le contenu de la "poubelle composte" dans la mer mais en fait il s'est trompé, il a aussi jeté le bac. Fio est et fâchée moi suis plutôt content qu'il n'ai pas pensé devoir nous ramené son contenu à bord. Le pauvre est crevé, la vraie vie l'épuise. Il faut dire qui lui arrive de même faire la vaisselle, sous la contrainte quand même. Sommes à un peu moins de 500 nautiques de Cayenne. Encore trois jours avant de pouvoir nous reposer enfin. Nos billets d'avion risquent de ne pas nous servir à grand chose. Claire (la fille de mister Dan dernièrement engrossée) se charge de les faire changer pour le dimanche. Nous devrions donc arriver à Lyon le 17 en fin de journée.

Michel

Position : 06°36'N 43°21'N

Publié à 16:41, le mardi 11 janvier 2011, dans Transat, Océan Atlantique
Mots clefs : Cayennealizéetransatsaturnevoilevoyage


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