Voyage à la voile sur Saturne

Transat, jour 16, arrivée à Madère.

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Saturne vient de sortir du chantier de carénage. Tout beau, tout neuf, enfin presque. Le week-end du 1er mai sera consacré à repeindre le pont. Alors les bonnes volontés sont les bienvenues. Si la météo...

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2h : Les feux sont bien là… Naturellement ! C'est un peu frustrant quand même, pour des marins de la vieille école, d'être supplantés par les GPS. Le moindre des mousses est dorénavant en mesure de toujours savoir où il se trouve ! Pas de regret.  J'ai eu mes heures de gloire et gagné « l'estime » de mes équipiers en d'autres temps. Plus personne ne saura plus jamais faire ça...

On ne peut que se féliciter de cette évolution. La seule chose qui me chagrine c'est que l'environnement global dans lequel est enchassé un navire en navigation perd de sa préciosité. Inutile d'interroger l'état de la mer, de déceler d'éventuels courants, de supputer les travers de tel ou tel barreur... On sait. C'est tout. Exactement !

Pour tous ceux qui ont longtemps décortiqué, scruté, fouillé et analysé aussi avec attention et rigueur, pendant des décennies, cet ensemble de données objectives et sensibles, c'est frustrant de penser que cette culture de l'observation est caduque. Elle l'est pourtant. Certainement !

5h : Le vent tombe. Un peu d'Ouest nous aide à glisser le long de Porto Santo. Dans la nuit nous découvrons les lueurs de Vila Baleira. Dommage de passer devant tous ces trésors sans avoir le temps de s'y arrêter. Cette transat nous donne déjà envie de la refaire tout doucement...  Peut-être comme la vie en général. P'tit jojo sourit... Il me rappelle combien me mettent en rogne les voyageurs de pacotilles. Ceux qui ont déjà fait la « Corse à pâques en 97 » ou la « Turquie en juillet 99 » ! Si on ne quitte pas une terre, frustré, idiot, confondu d'ignorance, c'est qu'on est passé à coté de tout. Mais bon nous sommes dans un monde de bonheur sur catalogue. On collectionne des images vides pour se rassurer de la teneur de son existence.

9h : Porto Santo s'éloigne déjà, les copains eux, trépignent à Machico. Nous allons passer à l' Est de Madère. C'est superbe, sauvage, abrupt, vert... La lumière, les contrastes sont encore un peu insolites pour un équipage Lyonnais. Exorbités, nous savourons la beauté du lieu, l'arrivée sur une nouvelle terre inconnue pour nous et notre exploit dérisoire… C'est le moment où on aimerait retenir la fin de la fête. C'est comme un gros pavé dont on voit inexorablement arriver les dernières pages et que l'on tient en respect.

Nous arrivons à joindre Mister Dan au téléphone. Ils nous attendent impatiemment, Fiona, Daniel et Nico sur le jeté de Machico... Oh on arrive !

Nous sommes enfin amarrés, sur un quai en pierre de taille, solide, un peu hostile certes, mais rassurant et nous sommes heureux d'être là. Le relief est vallonné mais accuse de fortes dénivélations. Le petit village est tout joli, charmant même. Un habitat assez dense, bas, coloré, changeant mais comme empreint d'une unité naturelle. Comme sont souvent les vrais vieux villages, construits sans règle d'urbanisme, sans aucun plan d'occupation des sols... Superbes !

 

Les gens nous sourient et l'envie de cheminer sur la terre ferme l'emporte sur tout, même sur l'envie de dormir. Jacques et Didier cherchent déjà un taxi pour filer à l'aéroport. Dans quelques heures ils seront déjà à Barcelone puis Lyon… Quelle folie !

P'tit jojo, un peu triste, fait un petit signe de la main à Jacques déjà envolé... On est resté là, tous les deux longtemps sans se parler. Jacques était certainement le plus proche équipier de p'tit jojo. Un émerveillement commun les unissaient sous les étoiles d'un dessein vertigineux. Peut-être redoute-il de ne jamais plus le revoir à bord ? Nos regards se croisent furtifs : «Je sais pas p'tit jojo, celui là, il n'a pas encore fini de se boire...»

 

Le marnage est important. A marée basse les bateaux se retrouvent à plusieurs mètres en contre bas du quai. Ce qui complique la vie de tout le monde. Pas question de se faire mal maintenant. La mer aussi m'inquiète. Une houle lente entre dans la baie. Saturne entame alors une danse lascive d'une amplitude que les amares ont du mal à contenir. Rapidement, nous avons le sentiment d'être tombé dans un piège. Les amarres cèdent les unes après les autres. Impossible d'arriver à trouver le sommeil. Une nouvelle nuit de veille s'annonce.

Je croise p'tit jojo quelques secondes dans la coursive, lui explique à la hâte nos péripéties mais il ne semble pas s'en émouvoir.  « Laisse-le Michel, écoute, lui aussi tire sur sa longe... Libère le... et partons ! »


Publié à 10:39, le samedi 21 avril 2012, dans Transat, Sète
Mots clefs : arrivéeEtapes


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