Voyage à la voile sur Saturne

Transat, jour 9 : En route vers Gibraltar.

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Le rituel est maintenant bien en place : comme chaque vendredi, Michel nous livre une page réécrite du livre de bord de la transat. Aujourd'hui, le neuvième jour.

Le programme du voyage aux Cyclades est maintenant en ligne sur le site :

http://www.voile-voyage.fr/ProgrammeDeNavigation.html.

Vous êtes intéressés ? Alors, ne tardez pas à vous manifester. Si un nombre suffisant d'équipier n'est pas atteint à la mi-mars, ce grand voyage alors sera annulé et remplacé par des semaines en Corse, comme l'année dernière.

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1h : Nous approchons d'Almeria, il y a beaucoup, beaucoup trop de monde autour de nous. En plus des navires marchands qui transitent par Gibraltar, on croise de nombreux pêcheurs. Manifestement les espagnols aussi se donnent les moyens de décimer nos derniers poissons de Méditerranée. Je ne comprends pas encore tout, mais la régulation de la pêche semble relever d'improvisations hasardeuses. A Sète, on trouve sur les berges de ses nombreux canaux, de superbes thoniers flambants neufs, armés à grand renfort d'argent public, qui dorment doucement déjà déclassés. Le plus souvent, ils ont à couple d'autres unités libyennes moins rutilantes, tout aussi désœuvrées. Certains seront reconvertis, d'autres découpés à nos frais et remplacés par des plus petits, financés, naturellement, par nos impôts. Pendant ce temps, on poursuit consciencieusement de vider la mer de ses habitants légitimes sans le moindre scrupule.
Se reposer est un peu risqué. Alors j'entame une nouvelle fausse nuit, pendant laquelle alterneront phases de sommeil profond et tour d'horizon inquiet. J'ai cette chance. Il me suffit de fermer les yeux et je dors. Jacques est un peu jaloux de mon aptitude à convoquer, à la demande, un sommeil réparateur. Même épuisé, il ne dort que très peu. Heureusement que ses insomnies ne le rendent pas plus grognon que ça. Une bonne nature, attentive et prévenante, d'humeur toujours égale... A mon tour de le jalouser ! J'y pense même pas, ça va me mettre de mauvais poil !

7h : Avec le soleil qui grignote l'horizon, le vent monte encore : force 7 Est-Sud-Est, mer forte. Saturne, un peu sous toilé, nuit oblige... tient encore une moyenne de 7 nœuds avec un cap encore un peu nord. Nous empannons donc. Bien préparée, la manœuvre est parfaite. Le vent ne lâche pas. Il reste 160 milles nautiques pour Gibraltar.

10h : Le vent moyen est assez constant mais les rafales sont plus violentes que dans la nuit ! La mer monte d'autant. Jamais facile de mesurer la hauteur des vagues mais les plus hautes sont impressionnantes. Saturne trace sa route au 260° assez sereinement. Nous avons pris un bon rythme. L'équipage a acquis quelques réflexes, possède maintenant les bons gestes. Tout est plus simple. Tout prés de nous, sur bâbord, un énorme paquebot des croisières « Costa » reconnaissable à sa cheminée jaune nous toise du haut de ses 7 étages. Pourtant, malgré ce gigantisme insensé, il arrive à disparaître furtivement entre deux vagues. J'avancerai 5 mètres de creux, mais aucune certitude. Un peu d'inquiétude perceptible dans l'équipage. Quelques réflexions furtives, concernant la gestion de la météo ou l'organisation des manœuvres... j'entends pas.

13h : Le vent tombe brusquement. Nous sommes encore à 130 milles de Gibraltar mais déjà un peu arrivés. La porte de l'Atlantique est juste devant nous. C'est dans l'air comme une évidence, Gibraltar est là pour nous... Apéro !

15h : Journée douce et ensoleillée. On se repose doucement. Le soleil est chaud. Son rayonnement plus vertical nous réchauffe malgré une température d'air assez faible. Doucement la mer s'amortit...

16h : Tout se calme. On doit tout renvoyer en tête. Le coup de vent est passé. Nous risquons de mettre encore un peu de temps pour arriver. N'avons rien cassé dans cette queue de coup de vent. On commence à savoir faire. Par contre, La courroie de l'alternateur de sillage s'est rompue. J'ai beaucoup de mal à trouver une solution fiable pour l'entraînement de cet alternateur. Il faut dire qu'on doit lui en demander beaucoup. Saturne est super équipé: frigo, ordinateur, pilote, les nouveaux équipements, iPhone, appareils photo, camera, et j'utilise peu le moteur. Malgré l'éolienne et le panneau solaire on va devoir mettre un peu de moteur pour recharger les batteries qui se vident doucement. Dommage. Quand tout fonctionne bien le bateau est en autarcie énergétique absolue...

19h : Force 2 Est-Sud-Est. Le vent tombe encore. Nous en profitons pour recharger les batteries avec un appui moteur. Je ne suis pas certain que nous ayons autre chose comme vent. J'ai peur que les 15 nœuds annoncés ne soient qu'un effet de venturi dans l'axe du détroit..

22h : Le vent remonte un peu, le moteur s'emballe tout seul... je coupe. Sommes encore à 7,5 nœuds et nous savourons un silence mérité. Nous approchons de l'axe du détroit, c'est perceptible le vent s'oriente et s'accélère sensiblement.

0h : La nuit est claire et paisible. Brusquement une batterie de torpilles se rue à notre poursuite. On voit de très loin le sillage de ces bombes lancées à 30 ou 40 nœuds pour nous rattraper. Leurs traînes mesurent plusieurs dizaines de mètres. Certaines se croisent, se tricotent, mais leur volonté reste constante et l'impact inéluctable. Je n'avais jamais assisté à un tel spectacle. La mer d’Alboran est si riche en planctons fluorescents que les dauphins en nageant dessinent de folles arabesques. En arrivant sur nous, ils ralentissent et commencent à jouer... Les fontaines du bord des yeux du p'tit Jojo laissent échapper quelques larmes... « -Michel : Sommes sur le seuil de piste, les lueurs de Gibraltar nous tirent comme un VOR inexorable. Les dauphins nous dessinent une haie d'honneur. Demain nous poserons le pied en Angleterre. Cette porte sur l'océan, qui m'a tant fait rêver, est juste devant nous, grande ouverte. Plus le moindre doute on va se jeter dans l'Atlantique.... Je sais bien, ça a été dur, trop peut-être parfois.... Mais la porte est là. Les nuits passées à respirer la mer du regard, du haut de la passerelle du sémaphore de Pertusato ont fondé ce grand voyage. Merci d’avoir gardé le rêve intact, de ne jamais l'avoir démenti, de lui avoir permis de grandir jusqu'à exister.»
 

Publié à 09:42, le jeudi 2 février 2012, dans Transat, Almería
Mots clefs : transatsaturnevoyagevoile


11/07/11, navigation côtière.

Après 24 heures de communication bloquée, je reprends la parole. Tout va bien. Difficile de s'arracher à Malaga. J'ai 15 noeuds de vent dans la gueule et pas d'autre solution que de tirer des bords. C'est lent j'arriverai dans la nuit près de Cartagéne... presque 48 heures juste pour ça!

Beaucoup de pêcheurs. En Espagne le chalutiers n'arrêtent pas. Et en nombre. Les cargos ne me gênent pas trop pour le moment: je suis trop proche des côtes. Quelques plaisanciers aussi mais dans le bon sens... Je dois surveiller tout le temps. Sinon un peu mal au crane, mais en ne dormant quasiment jamais c'est naturel. Je pense remonter jusqu'à Alicante avant de rejoindre Ibiza, Majorques et traverser ensuite sur Creus. Michel

Pos : 37°16N 01°32W, vitesse instantanée: 5.3 nds au 50, mer agitée, pression atmo: 1018hPa, www.voile-voyage.frSaturne sur une carteFacebook


Publié à 18:39, le lundi 11 juillet 2011, dans Transat, Almería
Mots clefs : navigation côtièretransatvoilevoyage


11/12/2010, au large d'Almeria.

15h, à 20 milles sud-ouest d'Almeria.

C'est toujours compliqué d'évaluer la hauteur des vagues, mais à vu de nez selon l'équipage et moi même, nous sommes d'accord pour dire: au moins 5 mètres. Le vent ne devait pas excéder force 7 ou 8 mais on avait une mer de malade: Courte, croisée et imprévisible. Parfois elle nous jetait en travers du vent avec des coups de gîte à vous planter un mat dans l'eau. Grâce au bulbe je ne pense pas que nous ayons dépassé 35 degrés. Une merveille!

Par contre trois jours de ce traitement, c'est un peu épuisant. Dans la nuit nous avions parfois dix bateaux en vue et une capacité de manœuvre réduite. Pas facile de dormir. Le matériel aussi souffre beaucoup. Dans la nuit la bosse de hale-bas a cédé: La baume s'est soulevée à 45 degrés et la grand voile c'est coincée entre les barres de flèche et les haubans. Une heure de manœuvre pour se dépêtrer de ça.

Ce matin, ça va mieux. Le vent est un peu tombé et en se rapprochant de Gibraltar la mer se "décroise". Sommes sous grand voile avec trois ris et génois "tangonné". Demain nous devrions arriver à Gibraltar bien amariné. En autre bricole, la courroie d'alternateur de sillage est à changer. Mais nous devrons aussi faire le plein de fuel, au cas ou, d'eau et d'un peu de frais.

Position : 36°23' Nord 2°44'Ouest et c'est ici pour la voir sur la carte.

Vitesse: 8.6 nds

Beau temps chaud.

 

21h, 20 milles au sud de Motril. Position : 36°18'N 3°27W

D'un coup le vent est tombé. La mer assez vite aussi. A ma grande surprise. Pour le moment avec un filet de moteur (et aussi pour recharger les batteries) nous tenons 6.5 nds. Demain, en fin de matinée nous devrions arriver à Gibraltar. En attendant c'est le repos qui prime, tout le monde se repose. La vitesse est de 7 noeuds avec le moteur à 1300trs/mn. Nous veillons le navires de gros tonnage qui foisonnent dans les parages. L'équipage s'affute. Beaucoup de belles manœuvres aujourd'hui, les réflexes s'installent. Nous ferons passer des photos demain .

Bises du capitaine.

Michel


Publié à 21:36, le samedi 11 décembre 2010, dans Transat, Almería
Mots clefs : almeriatransatsaturnevoilevoyage


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