Voyage à la voile sur Saturne

Transat, jour 13 : gros temps...

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Avec les beaux jours, la saison du carénage revient ! Saturne sera sorti de l'eau du 1er au 14 avril, et comme toujours toutes les bonnes volontés seront les bienvenues...

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1h : Progressivement le vent monte. Le bateau gîte un peu mais il semble lourd pourtant. Pas d'eau dans les fonds. Je cherche la raison, sans comprendre du tout. Peut-être avons nous accroché un sac ou un morceau de filet ? On fait le tour du bateau avec nos torches. Bingo ! Une sorte de bout énorme s'est pris dans la quille. A priori un filet immense que nous avons du heurter par le milieu. Il est si démesuré qu'il nous freine depuis des heures sans que nous nous en rendions compte. Comment faire ? Plonger en pleine mer ? Pas raisonnable. Alors on part à la pêche avec gaffe, harpon, et croc en tout genre. Une fois à porté de lame nous n'avons pas hésité ! Un peu fébrile quand même. Les pêcheurs sur zone ne doivent pas apprécier ce genre de pratique. On repart.

1h30 : Le moteur est coupé. Il faudra vérifier l'état de l'étouffoir à commande électrique à Madère. Heureusement qu'un étouffoir mécanique est à poste. Nous sommes déjà à 70 milles de Tarifa. Dans ces conditions météo changeantes, c'est amusant de voir comme cette grosse machine a besoin d'attention. Il faut la régler sans cesse. C'est le prix de sa bonne marche.

2h : Toujours à 7 nœuds de moyenne mais des vitesses instantanées très variables. Il faut régler souvent. Les conditions météo sont un peu capricieuses. Cependant la gîte est faible, la mer encore lisse et on glisse bien.

6h30 : Vent force 6 Nord-Est, vitesse: 8,5 nœuds. C'est parti cette fois. Nous sommes sur le bon cap et ça marche bien. Le logiciel de navigation nous donne à 2 jours de Funchal. Naturellement il raisonne sur des projections à partir de valeur instantanées... prudence donc.

9h : Nous devons lofer un peu pour garder une bonne stabilité de route. Le vent arrière est difficile à tenir. C'est fatiguant pour les barreurs alors si pas d'obligation, on choisi une amure, quitte à empanner régulièrement.

12h : 8,5 nœuds «en papillon». Le vent nous oblige à croiser les voiles. Avec Jacques, nous sommes rentrés dans le programme du pilote pour tenter d'optimiser son fonctionnement. Les embardées fréquentes finissent parfois par provoquer un roulis rythmique difficile à maîtriser autrement qu'en manuel : les vagues parfois font gîter le bateau sur babord puis tribord de façon assez régulière. Le bateau qui pèse tout de même 20 tonnes, fini par se mettre en mouvement de façon incontrôlable. La seule solution est de contrarier la régularité de son balancement par des coups de barres arythmiques.

14h : Toujours en papillon, nous faisons des pointes supérieures à 10nœuds, ça marche fort. C'est super et heureusement car la météo est préoccupante. Il faudrait arriver avant le 17 au soir pour passer entre les gouttes.

15h : Le vent est un peu plus faible. Nous restons au 230, pour 7,5 nœuds. C'est pas pire. Si la météo ne change pas, il va falloir aborder l'île par l'Est pour éviter le vent de face.

18h : 8 nœuds, mais une pointe à 12,2 nœuds quand même. Nous tenons des moyennes horaires de 8 nœuds sans problème. Mais la mer se creuse vite. Les déferlantes sont énormes parfois. Je commence à comprendre que nous ne sommes plus en méditerranée.

19h : Un anneau de ris a cédé. Dans le choc violent, le hale-bas c'est rompu. La grand voile c'est coincée entre les haubans, les barres de flèches et le mat . Nous avons dû affaler en urgence. vraiment épuisant. La voile plaquée contre le gréement dormant ne voulait pas tomber. Le matériel souffre déjà beaucoup. Nous ça commence.

20h : Avec Jacques nous préparons le bateau pour la nuit. Avant de réduire encore un peu nous restons là à dévisager cette mer qui se déchaine autour de nous. Une profonde sérénité est palpable. Fascination aussi. Nous sommes loin de tout et la violence des éléments est vertigineuse. Mais un souffle tenu encore plus puissant , souffle sur ce décors Dantesque. Nous partons en surf parfois pendant de longues minutes. La hauteur des déferlantes, l'alternateur de sillage qui s'affole, le bourdonnement assourdissant du vent qui hurle dans les haubans. Rien n'y peut. La plénitude est souveraine. Ne bougeons pas. Juste là... respirer, savourer, engranger. Il ne se passera rien de fâcheux ce soir. Nous le savons. Comme on sait parfois les choses sans avoir besoin de les comprendre ou les expliquer.

J'aimerais que p'tit Jojo soit là, tout près sur le pont avec nous mais il a dû s'assoupir. J'aimerais....

Bah non ! Je ne toucherai à rien. On va laisser le soleil rejoindre doucement les profondeurs de son sommeil céleste. La nuit va mettre la table. Nous allons, sans faire de bruit, savourer ce repas de roi. On reconnaît parfois, en cheminant dans l'existence, ces lieux insensés, éphémères et cosmiques.

Jacques, dans le silence de la nuit, à cette heure précise doit se dire... J'aimerais qu'mon p'tit Jojo rien qu'à moi soit là, tout près sur le pont avec nous mais il a dû s'assoupir... Du haut de ses quelques jours de mer, un marin s'incarne déjà dans son regard d'enfant émerveillé.

 


Publié à 21:41, le samedi 10 mars 2012, dans Transat, Océan Atlantique
Mots clefs : météo changeantegros tempssaturnetransatvoilevoyage


Transat, jour 12 : c'est reparti !

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Michel nous propose aujourd'hui le douzième jour de la transat : Saturne quitte Gibraltar et se lance vers l'Atlantique.

Pour cet été, nous avons toujours besoin d'équipiers pour amortir la croisière en Grèce. Si le quorum n'est pas atteint, nous passerons au plan B ! Alors, manifestez-vous !

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8h30 : Nous faisons le fuel et de l’huile. Pas dans la même station... Pratique ! De nouveau nous longeons le seuil de piste, quelques digues en pierre de taille, des fortifications nombreuses... quelques vestiges guerriers. Ainsi va la vie des hommes.

Au revoir Gibraltar!

9h : Vent néant, mer lisse  6 noeuds au moteur. On découvre la baie d’Algesiras de jour cette fois. Toujours aussi industrieuse. Dans tous les sens ça grouille de commerce en tout genre... illicite aussi probablement. D’ailleurs, je me demanderais presque si le commerce en soi n’est pas une activité à proscrire. Pas le moindre contrôle ici. Sommes transparents. En France je suis contrôlé en permanence mais depuis le départ, rien !
Il doit y avoir un peu de courant qui nous caresse gentiment. Le temps est sublime, chaud et paisible. On quitte Gibraltar rayonnants. Dans quelques heures nous serons en Atlantique. Pour ne pas rater les avions nous avons 600 nautiques à courir en quatre jours.  C’est facile a priori mais il ne faut plus perdre de temps. 
 
10h : La météo du jour tombe. Merci Thierry ! C'est plutôt mieux. Nous risquons de toucher un peu de vent plus vite que prévu. Pour le moment le courant est contraire. Nous n'arrivons pas à tenir les 5 noeuds  même avec “les machines sur le pont”.   J’ai entendu tant de légendes sournoises sur le détroit de Gibraltar que je suis tendu même si manifestement c’est juste un régal...
 
10h30 : Le courant faiblit un peu nous sommes devant le dernier cap d'Espagne à l’ouest de Gibraltar. Le soleil monte et nous réchauffe encore. Tarifa est devant nous. Bientôt nous découvrirons un mythe dérisoire mais qui me fascine depuis l’enfance... La houle atlantique. C’est certainement le plus attendu de tous mes rendez-vous maritimes. Cette idée d’une mer haute et majestueuse m’enivre.
 
12h :  Le vent et le courant ne nous aident pas toujours... Il faut prendre son mal en patience. Les locaux naviguent encore plus à la côte que nous. Le vent adonne puis refuse, le courant change. Nous passons les 6 nœuds euphoriques puis plus que 4 puis 3,5 ! Prosac !  On laisse faire. 
 
12h30 : La mer est étrange. Les remous la traversent sans que nous arrivions à savoir si le courant change. Les vagues sont pointues par moment. Nous nous approchons de l’énorme phare de Tarifa, mais aussi, moins drôle, de 13h... heure de la renverse de marée ! Pas évident encore. Je ne sais pas si ça va changer les choses. Cette région réputée complexe et délicate m’est inconnue. Les Phéniciens passaient le détroit sans moteur naturellement en envoyant une voile sous marine à 70 mètres sous la surface. Dieu merci, nous, nous avons tout loisir de cramer des hydrocarbures. La poésie recule. 
 
On devine la côte marocaine dans la brume. Des très nombreuses embarcations de pêche pleines de couleurs occupent le premier plan du tableau. Des deux cotés du monde c’est terriblement  aride ! L’atlantique chargé de ses dépressions pluvieuses qui abreuvent toute l’Europe est bien avare ici.
 
14h : Nous sommes à 6 nœuds au 245°. C'est presque parfait! 
 
15h : Toujours pas le moindre courant porteur en vue. Nous avançons avec une vitesse sur l'eau proche de celle sur le fond. 5,6 nœuds mais au 215 ! Naturellement c’est beaucoup trop sud. On va finir au Maroc. Vivement demain. Nous attendons du Nord-Est !
 
16h : Ca marche mieux ! 6,5 nœuds au 263, c'est bien. La mer est plate. Très beau temps. RAS.
 
17h : le vent refuse à l'approche du Cap Espartel. Inexorablement nous glissons trop au sud. Une vedette de l’armée marocaine nous invite d’ailleurs à nous dérouter pour ne pas trop approcher une zone militaire. Hop ! Un peu de moteur pour le passer.
 
18h : Cette fois, plus que Madère devant nous!
 
19h : De nouveau du vent de face et du courant!
 
20h : Trop de filets dérivants, La nuit tombe, la progression est lente et nous nous arrachons les yeux à tenter de comprendre comment sont balisés les filets. Nous sommes souvent obligés de dérouter. 
 
21h : Nous sommes toujours trop bas en cap mais cette fois c’est à cause des filets dérivants. Les bateaux usines qui les exploitent sont équipés de projecteurs HMI d’une puissance considérable qui nous aveugle totalement. Nous ne sommes pas habitués à longer des filets qui courent sur plusieurs kilomètres. 
 
21h30 : 40 nautiques de parcourus depuis Tarifa. Nous sommes sur le bon cap. C'est reparti, le vent de Nord-Ouest c'est levé ! Il faut attendre qu'il se renforce encore mais avec un peu de moteur on avance. Pour le moment on fait une route plein ouest. Quand il se renforcera, on abattra au 252. Le vent reste variable, même si la tendance est Nord-Ouest. Heureusement le moteur nivelle ses variations !
 
22h : Une autre ligne de filets dérivants se dessine. J'espère qu'elle ne va pas nous obliger à dérouter encore. Toujours les mêmes interrogations... Comment arriver à contourner ces barrages flottants  démesurés? 
P’tit Jojo est bien loin de nos préoccupations stratégiques. Pour lui l’Atlantique n’était que souffle puissant, silence et scintillements d’étoiles. Il n’y trouve pas son compte... P’tit Jojo est bien loin. 
C’est toujours difficile de débarquer dans une aventure avec ses valises de rêves démesurés. Le plus souvent mille choses merveilleuses nous giflent sans crier gare. Autant d’enchantements que de craintes, d’évidences que de doutes. Mais reste massif, posé sur l’horizon cet amer incontournable que l’on s’est façonné doucement dans le silence de son amour pendant une éternité et que coûte que coûte, quoi qu’il puisse nous arriver ici, il va falloir retrouver. 
Petit Jojo , cet ultime rendez-vous, n’est plus très loin... repose toi.

 


Publié à 08:53, le samedi 3 mars 2012, dans Transat, Détroit de Gibraltar
Mots clefs : courantsaturnetransatdérivantfiletvoilevoyage


Transat, jour 11 : escale à Gibraltar.

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Michel nous propose aujourd'hui le onzième jour de la transat Saturne : un docte article sur l'escale à Gibraltar.

Pour cet été, nous avons encore besoin d'équipiers pour amortir la croisière en Grèce. Alors, n'hésitez pas à vous manifester !

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7h : Debout ! Trop excité d’être là. Je veux voir. Je flâne au hasard des rues, sans rien chercher. Juste sentir cette enclave “angloïde”, boire un café et organiser dans ma petite tête l'escale technique avant de se lancer dans l'océan.

Le territoire a une superficie de 6,5 km2. Frontalier avec l’Espagne par une langue de terre d’environ un kilomètre pour un périmètre maritime de 12 kilomètres. La côte Est reste assez sauvage, on y trouve deux baies, Sandy Bay et Catalan Bay mais l’essentiel de la population s’est fixée sur côte Ouest dans cette immense rade partagée avec les espagnoles face à Algésiras. Le fameux parking à cargos.
La végétation est assez “corse” enfin il me semble de loin. Ce qui a tout lieux de me séduire. Le point culminant est le rocher de Gibraltar culminant à 426 mètres, classé réserve naturelle et peuplé par des macaques berbères - les seuls singes sauvages d'Europe. Pas d’industrie lourde juste une usine de dessalement récemment créée à l'intérieur du Rocher. Gibraltar est un des territoires les plus densément peuplés au monde (4 290 hab./km²).
Ce que je découvre est surprenant. Nous sommes sensés être dans un port au sud de l’Espagne. Je me trompe naturellement. Nous sommes en Angleterre. Comme signifié par notre voisin de ponton, le “Little London”. La marina est sertie entre la piste d’atterrissage et un quartier d’affaire super high tech. De jeunes cadres suent sang et eau dans les salles de sport des rez de chaussée. Certains en sortent déjà, bien sapés et se retrouvent autour d’un breakfast avant je suppose de monter dans les étages supérieurs pour dominer le monde. A 5 euros le café (change oblige) je ne traîne pas longtemps dans les bars. Je parcours un monde minéral. Quelques lopins de pelouse bien sertis dans un univers de dalle. C’est propre. Je me rend compte brusquement que je devrais peut-être faire une lessive.

Gibraltar est un territoire britannique d'outre-mer, possession du Royaume-Uni depuis 1704. Les Britanniques ont maintenu dans le passé une présence militaire importante à Gibraltar. Cette présence est à présent réduite, mais il en reste encore beaucoup de traces. Bien que la majorité de sa population y soit opposée, Gibraltar est revendiqué par l'Espagne. La question de Gibraltar est une cause majeure de dissension dans les relations hispano-britanniques. Gibraltar fait partie de l'Union européenne mais certaines lois n'y sont pas appliquées.
Le territoire de Gibraltar comporte plusieurs sites ayant été occupés par les Néandertaliens. Le site de Forbe's Quarry a d'ailleurs livré en 1848 le premier crâne correspondant à cette espèce, qui n'a toutefois été reconnu comme tel qu'après la découverte du site éponyme dans la vallée de Neander en Allemagne. Le site de la Grotte de Gorham a également livré des industries moustériennes qui pourraient être parmi les plus récentes.
Avant la conquête musulmane, le Rocher de Gibraltar était appelé Mont Calpé. D'après la mythologie grecque, c'est Héraclès qui a érigé les colonnes d'Hercule composées des deux promontoires séparant l'Afrique de l'Europe : le mont Calpé en Europe et le rocher Abyla en Afrique. Dans l'antiquité grecque, le rocher est aussi associé à Briarée, un des Hécatonchires.
10h : Au début du VIIIème siècle, dans le cadre de la conquête musulmane de l'Espagne wisigothique, le chef Tariq Ibn Ziyâd y établit une tête de pont en Europe, donnant son nom au Rocher.
Le site fut conquis en 1309 par le royaume de Castille, puis repris par le général mérinide Abu Malik en 1333 expulsant les Castillans. En 1374 les Mérinides cèdent le rocher au royaume de Grenade. Gibraltar est définitivement reconquis par Ferdinand V en 1492.
Ce territoire espagnol fut pris par les forces anglo-néerlandaises de l'amiral George Rooke le 25 août 1704 et sa propriété est confirmée et reconnue par l'Espagne par les traités d'Utrecht de 1713. Une tentative espagnole pour reprendre Gibraltar eu lieu de 1779 à 1781, lorsque l'Espagne déclara la guerre au Royaume-uni dans le cadre de son alliance avec la France (guerre d'indépendance américaine). Cette période est connue sous le nom du "grand siège" et dura 3 ans.
En 1805, une épidémie de fièvre jaune tue un tiers des Gibraltariens.
La frontière entre l'Espagne et le Rocher fut fermée en 1966 pour ne rouvrir que le 1er janvier 1985 à minuit.
Les activités militaires ont traditionnellement dominé l'économie de Gibraltar, le chantier de construction et de maintenance navale fournissant la majeure partie de l'activité économique. Leur part dans l'économie locale a cependant diminué dans les vingt dernières années, passant de 60 % en 1984 à 7 % aujourd'hui.
L'économie de Gibraltar repose sur le secteur des services, principalement ceux en lien avec la finance et le tourisme. Un certain nombre de banques britanniques et internationales ont des filiales à Gibraltar, qui est devenu un centre de finances international. Récemment, beaucoup de bookmakers et d'opérateurs de jeu en ligne ont déplacé leur siège à Gibraltar, pour tirer bénéfice du faible taux d'imposition sur les sociétés.
En ce qui concerne le tourisme, Gibraltar est une escale privilégiée pour les bateaux de croisière. Le rocher de Gibraltar est une attraction populaire, en particulier parmi les touristes et les résidents britanniques installés sur la côte méridionale de l'Espagne. Toutes les marchandises et les services sont vendus sans taxe sur la valeur ajoutée, ce qui explique l'implantation de plusieurs grands magasins britanniques : Marks and Spencer, BHS, Dorothy Perkins, et la chaîne de supermarchés Morrisons.
Gibraltar a un PIB de plus de 432 millions de £ (769 millions de $) ; avec un PIB par personne de 15 700 £ (28 000 $). La devise est la livre de Gibraltar. Celle-ci a une parité de un pour un avec la livre sterling, laquelle a aussi cours à Gibraltar. Par ailleurs la majorité des magasins et des restaurants acceptent aussi les euros, mais avec un taux de change défavorable. On notera toutefois que la livre de Gibraltar, elle, n'a pas cours en Grande-Bretagne. D'après le recensement de juillet 2005, Gibraltar compte 27 884 habitants. Les origines des habitants de Gibraltar sont espagnoles, britanniques et méditerranéennes (principalement génoises et maltaises). La religion principale est le christianisme, catholique en majorité et anglican. On trouve également une grande communauté juive, une population musulmane marocaine et un certain nombre de personnes originaires du sous-continent indien.
La langue officielle est l'anglais, utilisée au gouvernement et dans les affaires. Beaucoup de gens emploient également le llanito, un mélange d'espagnol, d'anglais et d'andalou.
Le terme llanito (féminin : llanita) défini aussi une identité propre à Gibraltar et particulièrement visible lors de la fête nationale de Gibraltar, en particulier sur les tee shirts portés par les jeunes et arborant des slogans comme "110% llanita" ou "proud to be llanito".
Gibraltar célèbre sa fête nationale le 10 septembre, date choisie pour commémorer le référendum de 1967, premier acte d'autodétermination du peuple de Gibraltar (rejet de l'annexion par l'Espagne). C'est pour beaucoup de gens une occasion de fête, chacun s'habille en rouge et blanc, couleurs nationales. Le rassemblement politique culmine avec le lâcher de trente mille ballons rouges et blancs représentant le peuple de Gibraltar.
En 2004, Gibraltar a fêté le tricentenaire de sa conquête par les Britanniques et, pour les honorer de leurs efforts et affirmer son attachement à la base navale, a attribué la liberté de la ville à la Royal Navy. Comme geste politique de solidarité, la quasi totalité de la population est descendue dans la rue, habillée en rouge, blanc et bleu, se tenant par la main pour former une chaîne humaine encerclant le rocher.
9h : Je retrouve Saturne. J’aide des nouveaux venus à s’amarrer. Ils ont eu moins de chance que nous. Le dernier s’est couché deux fois en embarquant assez d’eau pour neutraliser les batteries, détruire une grande partie de l’électronique du bord ainsi que le démarreur et l'alternateur ! Ils se sont fait peur surtout. Leur bateau ainsi chargé d’eau était in-manœuvrable dans la grosse mer de l’arrière. Un autre arrive, guère plus serein d’ailleurs. L'écoute attentive de leurs péripéties me rassure. Nous nous en sommes finalement bien sortis.
Bon au boulot...
De nouveau je soupèse les différentes solutions pour arriver à réparer définitivement l’accroche du vît de mulet sur le mât. Je ne connais pas les solutions qu’offre Gibraltar, à bord je n’ai rien pour souder l’aluminium et je sais pas faire. D’ailleurs je n’ai pas d’aluminium dans une épaisseur suffisante et tout doit être bouclé très vite aujourd’hui.
On cause. Les avis divergent ! Je n’ai pas le temps de tergiverser. Je décide de déposer l’actuel rail de cuningham pour en faire un support sur le mât.

10h : On dépose le rail et on le recoupe. Le capitaine du port nous regarde de travers. Il n'a pas l'air d'aimer les bricoleurs dans cette marina bien soignée ! On fabrique un gabarit de soudage en carton. Allons...

11h : Didier prend les choses en mains, Espagnol d’origine, anglophone et technicien dans l’assainissement, c’est l’homme de la situation. Instinctivement il mène la marche. Rapidement nous nous retrouvons dans un quartier espagnol modeste en quête d’un petit artisan susceptible de pouvoir nous aider. Je ne suis pas franchement détendu... Maintenant que le rail est coupé sans cette soudure pas de solution pour quitter Gibraltar.
Deux tentatives rassurantes, notre demande ne semble étonner personne. On nous donne d’autres adresses proches et… bingo : un ouvrier, un peu dans le dos de son patron nous propose la soudure entre 12 et 14h. Trop fort.

12h : On fait quelques courses en retournant au bateau le cœur plus léger.

14h30 : On retourne chez notre soudeur. On en profite pour acheter de l’huile de moteur. En arrivant dans l’atelier on découvre notre vît-de-mulet presque fini. C’est super bien fait en plus.... On retourne retirer 50 euros et lui acheter une bonne bouteille. 

15h30 : En route pour le port ! Ill nous faut maintenant poser tout ça. Tout n’est pas limpide encore. On ne peut pas souder sur place. Et tarauder dans l’alu n’est pas forcément très solide. Je n’ai rien dans le bateau d’assez important pour fixer la pièce. Je dois trouver des boulons de 12 ou 14 pour être à l’échelle des efforts concentrés dans cette partie du gréement. Heureusement que tout se trouve facilement ici. Les espagnols sont très industrieux.

17h : C’est fini ! Solide.

19h : P’tit jojo est bien discret. Il semble frustré. Toutes ces années à rêver de cette escale mythique qui ne trouvent pas d’écho dans l’agitation du moment :
- C’est souvent ça Jojo. Il y a des évidences instantanées et d’autres plus profondes, moins immédiates... De ces escales qui prennent corps presque de mémoire, se réécrivent avec le temps, s'ajustent à un sens toujours en devenir. Beaucoup de choses importantes dans une vie ne sont pas forcément agréable à vivre dans l’instant mais comptent et s'imposent pourtant. Là où les choses se vivent n'est pas le même lieu que là où elles sont dites. Qui sait où est la vérité...

20h : C’est l’heure de l’apéro. Nous ne partirons que demain matin. La météo est idyllique. Un peu de bien-être avant. Sommes prêts à partir. Il se dit que les voiliers sont prêts à traverser quand ses occupants le sont... Pour nous c'est demain.

Publié à 19:57, le jeudi 16 février 2012, dans Transat, Détroit de Gibraltar
Mots clefs : saturnetransatvoilevoyage


Mixité sociale

Le projet "Saturne" n'est pas un projet purement maritime. C'est aussi un projet humain, social et donc de proche en proche politique.

Personne ne l'a planifié expressément mais le monde glisse inexorablement vers une société exclusivement marchande. En peu de temps, la voile est devenue soit un lieu de représentation sociale pour la classe supérieure, soit un de ces sports de glisse accessible à la journée, comme tant d'autres. Portes sur la mer, les ports se sont adaptés : des marinas privées ont été gagnées sur la mer, d'autres concédées par les pouvoir public via leurs collectivités territoriales. Cette nouvelle population aisée est une aubaine pour les économies littorales qui se sont adaptées très vite au mépris d'une plus ancienne faune maritime autrement plus bigarrée.

A travers nos voyages on permet, de différentes façon, à des personnes de naviguer. 

Cette fois je me permets de vous présenter ADOS et un petit projet partenaire. Ados est une association loi 1901, non confessionnelle. Qui propose une aide à des enfants en difficulté scolaire. Au delà de cette activité se glisse écoute et dialogue et tout ce qui peut aider un jeune à croire en lui. 

Saturne et Ados, ensemble, offre du 5 au 7 juillet prochain une séjour découverte de la mer et de son milieu marin à 6 de ces enfants.

Naturellement c'est Ados qui aura en charge de les choisir et d'organiser le séjour. A nous d'offrir, rêve,  bateau et capitaine.

C'est bien modeste, à contre courant dans un monde ou l'injustice croit de jour en jour. Ou l'injustice est devenue sourdement acceptable et acceptée.

Faisons…

Michel

http://69003.i-lyon.com/assos-160.html

 


Publié à 16:27, le dimanche 12 février 2012, dans Esprit Saturne, Sète
Mots clefs : adossortiesaturnevoile


Transat, jour 9 : En route vers Gibraltar.

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Le rituel est maintenant bien en place : comme chaque vendredi, Michel nous livre une page réécrite du livre de bord de la transat. Aujourd'hui, le neuvième jour.

Le programme du voyage aux Cyclades est maintenant en ligne sur le site :

http://www.voile-voyage.fr/ProgrammeDeNavigation.html.

Vous êtes intéressés ? Alors, ne tardez pas à vous manifester. Si un nombre suffisant d'équipier n'est pas atteint à la mi-mars, ce grand voyage alors sera annulé et remplacé par des semaines en Corse, comme l'année dernière.

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1h : Nous approchons d'Almeria, il y a beaucoup, beaucoup trop de monde autour de nous. En plus des navires marchands qui transitent par Gibraltar, on croise de nombreux pêcheurs. Manifestement les espagnols aussi se donnent les moyens de décimer nos derniers poissons de Méditerranée. Je ne comprends pas encore tout, mais la régulation de la pêche semble relever d'improvisations hasardeuses. A Sète, on trouve sur les berges de ses nombreux canaux, de superbes thoniers flambants neufs, armés à grand renfort d'argent public, qui dorment doucement déjà déclassés. Le plus souvent, ils ont à couple d'autres unités libyennes moins rutilantes, tout aussi désœuvrées. Certains seront reconvertis, d'autres découpés à nos frais et remplacés par des plus petits, financés, naturellement, par nos impôts. Pendant ce temps, on poursuit consciencieusement de vider la mer de ses habitants légitimes sans le moindre scrupule.
Se reposer est un peu risqué. Alors j'entame une nouvelle fausse nuit, pendant laquelle alterneront phases de sommeil profond et tour d'horizon inquiet. J'ai cette chance. Il me suffit de fermer les yeux et je dors. Jacques est un peu jaloux de mon aptitude à convoquer, à la demande, un sommeil réparateur. Même épuisé, il ne dort que très peu. Heureusement que ses insomnies ne le rendent pas plus grognon que ça. Une bonne nature, attentive et prévenante, d'humeur toujours égale... A mon tour de le jalouser ! J'y pense même pas, ça va me mettre de mauvais poil !

7h : Avec le soleil qui grignote l'horizon, le vent monte encore : force 7 Est-Sud-Est, mer forte. Saturne, un peu sous toilé, nuit oblige... tient encore une moyenne de 7 nœuds avec un cap encore un peu nord. Nous empannons donc. Bien préparée, la manœuvre est parfaite. Le vent ne lâche pas. Il reste 160 milles nautiques pour Gibraltar.

10h : Le vent moyen est assez constant mais les rafales sont plus violentes que dans la nuit ! La mer monte d'autant. Jamais facile de mesurer la hauteur des vagues mais les plus hautes sont impressionnantes. Saturne trace sa route au 260° assez sereinement. Nous avons pris un bon rythme. L'équipage a acquis quelques réflexes, possède maintenant les bons gestes. Tout est plus simple. Tout prés de nous, sur bâbord, un énorme paquebot des croisières « Costa » reconnaissable à sa cheminée jaune nous toise du haut de ses 7 étages. Pourtant, malgré ce gigantisme insensé, il arrive à disparaître furtivement entre deux vagues. J'avancerai 5 mètres de creux, mais aucune certitude. Un peu d'inquiétude perceptible dans l'équipage. Quelques réflexions furtives, concernant la gestion de la météo ou l'organisation des manœuvres... j'entends pas.

13h : Le vent tombe brusquement. Nous sommes encore à 130 milles de Gibraltar mais déjà un peu arrivés. La porte de l'Atlantique est juste devant nous. C'est dans l'air comme une évidence, Gibraltar est là pour nous... Apéro !

15h : Journée douce et ensoleillée. On se repose doucement. Le soleil est chaud. Son rayonnement plus vertical nous réchauffe malgré une température d'air assez faible. Doucement la mer s'amortit...

16h : Tout se calme. On doit tout renvoyer en tête. Le coup de vent est passé. Nous risquons de mettre encore un peu de temps pour arriver. N'avons rien cassé dans cette queue de coup de vent. On commence à savoir faire. Par contre, La courroie de l'alternateur de sillage s'est rompue. J'ai beaucoup de mal à trouver une solution fiable pour l'entraînement de cet alternateur. Il faut dire qu'on doit lui en demander beaucoup. Saturne est super équipé: frigo, ordinateur, pilote, les nouveaux équipements, iPhone, appareils photo, camera, et j'utilise peu le moteur. Malgré l'éolienne et le panneau solaire on va devoir mettre un peu de moteur pour recharger les batteries qui se vident doucement. Dommage. Quand tout fonctionne bien le bateau est en autarcie énergétique absolue...

19h : Force 2 Est-Sud-Est. Le vent tombe encore. Nous en profitons pour recharger les batteries avec un appui moteur. Je ne suis pas certain que nous ayons autre chose comme vent. J'ai peur que les 15 nœuds annoncés ne soient qu'un effet de venturi dans l'axe du détroit..

22h : Le vent remonte un peu, le moteur s'emballe tout seul... je coupe. Sommes encore à 7,5 nœuds et nous savourons un silence mérité. Nous approchons de l'axe du détroit, c'est perceptible le vent s'oriente et s'accélère sensiblement.

0h : La nuit est claire et paisible. Brusquement une batterie de torpilles se rue à notre poursuite. On voit de très loin le sillage de ces bombes lancées à 30 ou 40 nœuds pour nous rattraper. Leurs traînes mesurent plusieurs dizaines de mètres. Certaines se croisent, se tricotent, mais leur volonté reste constante et l'impact inéluctable. Je n'avais jamais assisté à un tel spectacle. La mer d’Alboran est si riche en planctons fluorescents que les dauphins en nageant dessinent de folles arabesques. En arrivant sur nous, ils ralentissent et commencent à jouer... Les fontaines du bord des yeux du p'tit Jojo laissent échapper quelques larmes... « -Michel : Sommes sur le seuil de piste, les lueurs de Gibraltar nous tirent comme un VOR inexorable. Les dauphins nous dessinent une haie d'honneur. Demain nous poserons le pied en Angleterre. Cette porte sur l'océan, qui m'a tant fait rêver, est juste devant nous, grande ouverte. Plus le moindre doute on va se jeter dans l'Atlantique.... Je sais bien, ça a été dur, trop peut-être parfois.... Mais la porte est là. Les nuits passées à respirer la mer du regard, du haut de la passerelle du sémaphore de Pertusato ont fondé ce grand voyage. Merci d’avoir gardé le rêve intact, de ne jamais l'avoir démenti, de lui avoir permis de grandir jusqu'à exister.»
 

Publié à 09:42, le jeudi 2 février 2012, dans Transat, Almería
Mots clefs : transatsaturnevoyagevoile


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