Voyage à la voile sur Saturne

Transat, jour 17, danse lascive.

3h : Impossible de fermer l'œil ! Déjà 4 amarres à la poubelle et la nuit n'est pas finie... Suis vidé. Le besoin de se reposer est impérieux. Avant de repartir il faut coûte que coûte un moment de vrai repos et en toute sécurité ! Depuis le départ,  je n'ai jamais eu la possibilité de lâcher prise... Il faut maintenant.

Dans la matinée, nous réparons le hale-bas et bricolons deux trois petites choses. Pas facile de trouver de vraies amarres ici,  ni même un minimum d'accastillage. La vie n'est pas chère à Madères mais le ship est aligné sur les prix français. Nous avons beau être de vrais voyageurs, pour le ship du coin sommes des touristes friqués.
Les balades à terre sont ravissantes. Je rêve de m'enfoncer dans les hauteurs. Me laisser envahir, enivrer par des odeurs de terre. Mais suis pas tranquille. Toujours peur de retrouver Saturne à la dérive... Je veille donc !

Dans l'après midi, j'exhume une haussière de remorquage, lourde comme un cheval mort, cachée dans l'étrave. On la recoupe pour en faire de vraies amarres de chanvre de 32mm. C'est super. Je respire. Enfin ! Le bateau danse mais elles finissent toujours par le retenir sans montrer la moindre fragilité. C'est presque beau de les regarder travailler...

Entre-temps Sylvie palabre avec les pêcheurs locaux. Ils lui indiquent une marina moderne à 2 miles à l'est. Aucune trace de ce port sur mes cartes numériques. J'hésite... Curieux ce port fantôme... Mais il me semble me souvenir de quelques mâts aperçus en arrivant de la pointe est. Le soleil descend doucement, la houle rentre de plus en plus dans l'anse de Machico.
 
20h. Basta ! Je décide de tenter de rallier cette fameuse marina fantôme. Reste à quitter le quai. La moindre amarre ou garde soulagée et saturne se fracasse sur le quai. Toutes sont essentielles. Même pour les enlever, il faut attendre le moment où elles sont sans tension. Prendre une décision. Vite !
Here we go ! Henry restera sur le quai. Chaque équipier sur un taquet et tous les bouts seront libérés le plus simultanément possible. Le bateau libéré, ce sera à moi de jouer. Le moteur est chaud et le propulseur bien chargé ! Je vais leur tirer sur la gueule !
Putain c'est chaud ! Saturne s'éloigne doucement du quai. Moteur à 3500 trs, barre à bâbord toute, le cul du bateau s'arrache du quai et le propulseur éloigne l'étrave bruyamment. Il marche en crabe et fait remonter la vase du fond. Mais ça marche !
Henry bosse dur ! Il doit récupérer toutes les amarres et les lover. On revient doucement pour approcher l'avant du bateau. Nous nous présentons perpendiculaire au quai et Henry jette les amarres sur le pont. Yes ! Arrière toute et on range à la hâte avant la dernière manœuvre. La même perpendiculaire au quai mais cette fois il faut quasi toucher... Henry doit arriver à attraper le balcon avant et remonter à bord. Ouf ! Heureusement, qu'à 60 ans il reste un véritable athlète.
En route pour Quinta de Lorde. Evidement sans carte, sans savoir où se situe l'entrée de la marina et la nature des fonds. Même ici on ressent la houle qui s'immisce dans tous les recoins de la terre. Je me demande vraiment comment cette côte peut abriter un abri sérieux.
On devine un feux d'entrée de port. Vert ! Aïe !
Pour le passer dans le bon sens il faut se jeter à la côte. Moins de 10 mètres de cailloux. Crainte oblige, les avis divergent. C'est là, c'est pas là... moi je tenterais pas !... Heureusement je souffre de surdité sélective et scrute le moindre indice. C'est forcément là et il est probable qu'un port assez recent soit suffisamment profond pour Saturne. Allez hop ! Je tente...
Bonne pioche ! Passé la balise verte on se retrouve sous une digue pharaonique, une véritable aberration qui nous protège de tout bon sens. On ne comprend pas trop où nous sommes, on erre dans un espace absolument parachuté à Madères. Vide, flambant neuf, un bar quand même mais sans client... Personne, pas de voiture, pas de lumière aux fenêtres.... Dodo ! Nous verrons cela demain...


Publié à 08:08, le vendredi 4 mai 2012, dans Transat, Madère
Mots clefs : muoillagehouletransat


Chronique sètoise, le long des canaux.

Cette semaine la chronique sètoise prend la forme d'une promenade photographique le long des canaux :

Le petit port de pêche de la Pointe Courte
 
Le port de pêche de la Pointe Courte

Eduardo travaille à faire repartir le Rio Tagus
 
Eduardo. Il s'emploie pour que le Rio Tagus reprenne la mer.
 
Le long du quai de la gare

Le long du canal qui va l'étang de Thau, dans la grande courbe qui ramène devant la gare. Les travaux sur les quais ont chassé les bateaux, il y a du soleil mais ni vent ni courant entre le mer et l'étang : idéal pour voir jusqu'au fond du canal.

D'autre photo à découvrir sur :
www.thierrymoine.com


Publié à 17:27, le mardi 1 mai 2012, dans Esprit Saturne, Sète
Mots clefs : Rio TagusEduardoLa pointe courtepêchesètebateauquaitravauxcanaux


Et pourtant il chante

Je ne suis pas seulement un pourfendeur d'Atlantique, ni même un alcoolique compulsif, un chipoteur invétéré, un maniaquo érectif teigneux, un travailleur débonnaire mais aussi un chanteur dépressif ! Comme je n'ai pas les moyens de m'offrir une thérapie adéquate (comme Sheila...), les MJC Rancy et Vieux Lyon organisent une série de concerts de soutien pour me venir en aide. Vous n'êtes pas obligés de venir mais vous pouvez me faire parvenir un chèque de 12 euros. Si toutefois vous mettez un point d'honneur à relever ce défi ambitieux, venez m'écoutez... jeudi 26 avril à la salle des Rancy, Les 27 et 28 avril à la salle Léo Férré, 20h30.
MMP (Moi-Même qui vous Parle)



Publié à 08:28, le mardi 24 avril 2012, dans Esprit Saturne, Lyon
Mots clefs : ChansonauteurMMP


Transat, jour 16, arrivée à Madère.

#

Saturne vient de sortir du chantier de carénage. Tout beau, tout neuf, enfin presque. Le week-end du 1er mai sera consacré à repeindre le pont. Alors les bonnes volontés sont les bienvenues. Si la météo...

#

2h : Les feux sont bien là… Naturellement ! C'est un peu frustrant quand même, pour des marins de la vieille école, d'être supplantés par les GPS. Le moindre des mousses est dorénavant en mesure de toujours savoir où il se trouve ! Pas de regret.  J'ai eu mes heures de gloire et gagné « l'estime » de mes équipiers en d'autres temps. Plus personne ne saura plus jamais faire ça...

On ne peut que se féliciter de cette évolution. La seule chose qui me chagrine c'est que l'environnement global dans lequel est enchassé un navire en navigation perd de sa préciosité. Inutile d'interroger l'état de la mer, de déceler d'éventuels courants, de supputer les travers de tel ou tel barreur... On sait. C'est tout. Exactement !

Pour tous ceux qui ont longtemps décortiqué, scruté, fouillé et analysé aussi avec attention et rigueur, pendant des décennies, cet ensemble de données objectives et sensibles, c'est frustrant de penser que cette culture de l'observation est caduque. Elle l'est pourtant. Certainement !

5h : Le vent tombe. Un peu d'Ouest nous aide à glisser le long de Porto Santo. Dans la nuit nous découvrons les lueurs de Vila Baleira. Dommage de passer devant tous ces trésors sans avoir le temps de s'y arrêter. Cette transat nous donne déjà envie de la refaire tout doucement...  Peut-être comme la vie en général. P'tit jojo sourit... Il me rappelle combien me mettent en rogne les voyageurs de pacotilles. Ceux qui ont déjà fait la « Corse à pâques en 97 » ou la « Turquie en juillet 99 » ! Si on ne quitte pas une terre, frustré, idiot, confondu d'ignorance, c'est qu'on est passé à coté de tout. Mais bon nous sommes dans un monde de bonheur sur catalogue. On collectionne des images vides pour se rassurer de la teneur de son existence.

9h : Porto Santo s'éloigne déjà, les copains eux, trépignent à Machico. Nous allons passer à l' Est de Madère. C'est superbe, sauvage, abrupt, vert... La lumière, les contrastes sont encore un peu insolites pour un équipage Lyonnais. Exorbités, nous savourons la beauté du lieu, l'arrivée sur une nouvelle terre inconnue pour nous et notre exploit dérisoire… C'est le moment où on aimerait retenir la fin de la fête. C'est comme un gros pavé dont on voit inexorablement arriver les dernières pages et que l'on tient en respect.

Nous arrivons à joindre Mister Dan au téléphone. Ils nous attendent impatiemment, Fiona, Daniel et Nico sur le jeté de Machico... Oh on arrive !

Nous sommes enfin amarrés, sur un quai en pierre de taille, solide, un peu hostile certes, mais rassurant et nous sommes heureux d'être là. Le relief est vallonné mais accuse de fortes dénivélations. Le petit village est tout joli, charmant même. Un habitat assez dense, bas, coloré, changeant mais comme empreint d'une unité naturelle. Comme sont souvent les vrais vieux villages, construits sans règle d'urbanisme, sans aucun plan d'occupation des sols... Superbes !

 

Les gens nous sourient et l'envie de cheminer sur la terre ferme l'emporte sur tout, même sur l'envie de dormir. Jacques et Didier cherchent déjà un taxi pour filer à l'aéroport. Dans quelques heures ils seront déjà à Barcelone puis Lyon… Quelle folie !

P'tit jojo, un peu triste, fait un petit signe de la main à Jacques déjà envolé... On est resté là, tous les deux longtemps sans se parler. Jacques était certainement le plus proche équipier de p'tit jojo. Un émerveillement commun les unissaient sous les étoiles d'un dessein vertigineux. Peut-être redoute-il de ne jamais plus le revoir à bord ? Nos regards se croisent furtifs : «Je sais pas p'tit jojo, celui là, il n'a pas encore fini de se boire...»

 

Le marnage est important. A marée basse les bateaux se retrouvent à plusieurs mètres en contre bas du quai. Ce qui complique la vie de tout le monde. Pas question de se faire mal maintenant. La mer aussi m'inquiète. Une houle lente entre dans la baie. Saturne entame alors une danse lascive d'une amplitude que les amares ont du mal à contenir. Rapidement, nous avons le sentiment d'être tombé dans un piège. Les amarres cèdent les unes après les autres. Impossible d'arriver à trouver le sommeil. Une nouvelle nuit de veille s'annonce.

Je croise p'tit jojo quelques secondes dans la coursive, lui explique à la hâte nos péripéties mais il ne semble pas s'en émouvoir.  « Laisse-le Michel, écoute, lui aussi tire sur sa longe... Libère le... et partons ! »



Publié à 10:39, le samedi 21 avril 2012, dans Transat, Sète
Mots clefs : Arrivéeétapes


Carénage

Saturne glisse bien. L'équipage Anthony, Latifa, Luc, Stéphane et Michel, est heureux de ces quelques heures de mer pour rallier Sète. Le vent de nord nous oblige même à prendre un ris. Que du bonheur ! Le carénage est derrière. Naviguons...
Cette année encore les deux semaines passées au chantier Allemand mériteraient bien quelques longues pages d’un récit tantôt technique, tantôt sensible et finalement humain. Il faudra bien un jour s’attaquer à la rédaction de l’épopée de la famille “Allemand”.
Sortie de l’eau la carène de Saturne accusait les 17 mois passés dans l’eau. Je ne laisse jamais passer autant de temps entre deux carénages et la preuve est sous mes yeux... Il ne faut pas ! Une pellicule continue d’algue verte, des moules qui ont colonisées les anodes, safran et propulseur d’étrave.  Mais aussi et plus délicat, dispersées au hasard, des centaines de petits chapeaux chinois qui me laissent redouter le pire pour le traitement époxy vieux déjà de 10 ans.
Plus surprenant encore les anodes se sont faites dévorer par quelque phénomène électrolytique inconnu à ce jour sur ce bateau. Le safran aussi a beaucoup de jeux et les oeuvres mortes blessées par endroit perlent de rouille. Enfin le bulbe, juste traité au métagrip, est recouvert de coquillages en tout genre et va nous demander beaucoup d’attention.
On va devoir se remonter les manches. Une transat ne laisse pas un voilier indifférent. Il a manifestement plus souffert que durant une saison habituelle. Thierry est avec moi et nous commençons à établir la longue liste des festivités... Avant toute chose ne devons démonter l’éolienne pour laisser échapper la grue. Malheureusement l’induit en inox est collé au suppot de pale et impossible à libérer. Ca commence pas bien... Thierry est au karcher il ne faut pas perdre de temps. Malheureusement le temps pluvieux nous interdit de passer de la peinture de protection alors nous devons commencer les gros travaux sans plus attendre. Par où commencer? 
Naturellement l’envie de tout faire est tentante mais il faut rester prudent. Une fois commencés, certains travaux doivent impérativement être terminés comme par exemple le portique arrière qui nécéssite pour sa mise en place, le percement du pont.  En même temps, je n’avais pas envie de remonter à lyon avec des tubes et des coudes encombrants. Avec mon copain Thierry, nous avons rapidement percé le pont et pointé tous les éléments sur place. Prudement, j’ai demandé au soudeur du chantier de réaliser l’ensemble des soudures. Il faut dire que le haut du portique est à plus de six mètres du sol et que sans fenwick certaines soudures me semblaient irréalisables. Nous avons profité de  cette main d’oeuvre professionelle pour faire également souder les deux portes réalisées dans les filières.
Puisque l’idée de percer, meuler, souder sur le pont est acceptée, autant réaliser tous les travaux de métallerie. D’anciennes cadènes du mât d’artimon maintenant  inutiles nous compliquaient le cheminement sur les passes-avant. D’un coup de meuleuse, les voilà définitivement disparues ! Les bites d’amarage également situées à l’arrière du bateau et très oxydées ont été sciées et remplacées par des pièces en inox. Malheureusement les plages arrières sont en acier et l’échelle de bain qui frotte régulièrement sur celle-ci, arrache le revêtement epoxy et provoquait une oxydation rapide... c’est du passé !
A l’autre extrémité du pont, le bout dehors mal installé provoquait également des zones oxydées. Et l’axe du davier, d’un diamètre de 16 milimètres, supportait mal la violence des accoups afligés par la chaine d’ancre. Tout est rentré dans l’ordre grâce à la confection d’un axe de 20 milimètres traversant davier et bout-dehors. Ce faisant, Serge et Julie ont consciencieusement poncé toutes les zones que ces travaux ont endommagés avant de les recouvrir de trois couches d’epoxy.
 
Ce travail de fourmi pour traiter point par point chaque tâche de rouille a rapidement été étendu aux oeuvres mortes puis aux oeuvres vives. Tout le bateau a été passé au peigne fin. Une fois ce traitement anti-rouille réalisé, nous avons pu passer l’antifoulling sur la partie immergée du bateau et repeindre la coque en blanc.
 
Toutes les anodes défectueuses ont été remplacées. Pour la première fois depuis l’achat de ce bateau, il a fallu change la bague autolube. A cette occasion, j’ai découvert le démontage d’un contre-tourteau et la dépose d’un arbre d’hélice. Heureusement que Seb est venu passer 3 jours à bord ! mécanicien émérite, il s’est attaché à changer de nombreux joints dont celui du carter d’huile, du collecteur d’échapement et celui de sortie de vilbrequin.
 
La transatlantique avec ses grains tropicaux sur l’équateur a endommagé l’électronique embarquée sur le pont. Avec Daniel, nous avons changé la commande de propulseur d’étrave et installé un sondeur GPS et lecteur de carte. David a mis à profit ses talents de menuisier pour nous renforce le taud de soleil. Cette liste n’est pas exhaustive mais nous en resterons là pour ne pas trop vous ennuyer... Marine, à l’instar du Petit Prince rappellerait volontiers que l’essentiel est ailleurs...
Merci à tous les Saturniens, Catherine, Daniel, David, Eloise, Julie, Luc, Marine, Michel, Myriam, Nelly, Sebastien, Serge, Stéphane et Thierry qui ont répondus présents et qui se sont donnés du mal pour que Saturne puisse reprendre sa saison dans de bonnes conditions.
Mille choses encore à finir à bord mais qui attendont. Seule la peinture du pont est impérieuse. Alors le week end du premier mai on va tenter de peindre... Si la météo est d’accord. Toutes les bonnes volontés seront les bienvenues à bord de Saturne ! 


Publié à 22:10, le mercredi 18 avril 2012, dans Chantier, Sète
Mots clefs : carénagehéraultchantier


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